Fever

Insurrection et Révolution

Par Mirasol. Ce texte fait partie d’une série d’ article, le premier est ici :

Le formidable soulèvement social aux USA, la manière dont il éclabousse le reste du monde, nous pousse à publier ce texte à la hâte. Les évènements, comme souvent, adviennent plus vite et plus fort que nous les attendions. Et c’est tant mieux.

Dans ce texte, nous posons une question simple : comment gagner ? La première vague de soulèvement qui s’est répandue dans le monde en 2018-2019 a constitué les prémisses d’un nouveau cycle révolutionnaire. Aujourd’hui, ce cycle s’ouvre à nouveau, dans le ventre même du capitalisme mondial : aux USA.

Si l’orientation de la révolution est dictée par la frange légaliste et démocrate du mouvement, même prétendument « radicale ». Si l’enjeu reste un changement de constitution, une réforme de l’état, du blabla démocratique, la défaite est assurée.

Les pratiques mêmes du mouvement le confirment. Voici le contenu de l’ hégémonie des prolétaires sur leur mouvement : attaquer, prendre et partager. En finir avec les déclarations ronflantes et commencer à changer la vie, ici et maintenant.

Prendre les biens, les logements, tout. Partager les denrées et organiser ce partage sur la bases des besoins de la population. Attaquer l’État.

En somme, des mesures communistes. Contre eux les prolétaires révolutionnaires trouveront la police. Mais ils trouveront aussi les représentants communautaires. Ils trouveront l’encadrement, ceux qui appellent à négocier. Ceux qui croient encore qu’ils peuvent être « pris en compte ».

Aujourd’hui, effrayé par l’incendie social et la colère, la bourgeoisie libérale, depuis Kim Kardashian jusqu’à Jeff Bezos, promet la prise en compte des noirs. Elle promet la fin du racisme et elle ment. Aucune représentation, aucune discrimination positive, aucune réforme de la police, n’est suffisante. Seule la force peut vaincre la force. Pour en finir avec le racisme de la police, les insurgés américains le savent : il doivent en finir avec la police. Le magnifique mouvement qui s’élance aux USA ne saurait se limiter, s’arrêter à quelques condamnations de flics, à quelques miettes et promesses de réformes.

Les promesses d’une part de rêve américain, d’une intégration au capital, la carotte qui nous fait croire que nous aussi pouvons devenir riches, est dénoncé avec raison comme un cauchemar raciste.

Ce à quoi nous assistons, c’est au réveil de notre classe.

Des USA au Liban, l’Algérie, le Chili, le Brésil, Hong Kong, la vague mondiale qui s’élance est synonyme d’expérimentations, de combats et d’avancées, aussi bien pratique que dans la compréhension de cette pratique. Des milliers, des millions de camarades, sont engagés partout dans l’assaut contre l’ordre social capitaliste.

Nous avons besoin, dans ce nouveau cycle, de remettre la question révolutionnaire au centre des nos discussions. Nous avons besoin de théories, d’échanges, de débats, qui ne tombent pas dans l’académisme universitaire, le communisme spéculatif, l’anarchisme postural.

Ce texte est donc à lire comme une invitation. Au travail collectif, a l’approfondissement, la contradiction, le débat. Nous y avancerons quelques indications sur des pistes à suivre et à creuser. Sa proposition centrale, la voici. Parlons stratégie. Discutons insurrection. Posons sur la table, ce problème vital pour qui veut la victoire des révolutionnaires : comment faire chuter l’État avant qu’il ne nous réprime, nous écrase, nous torture et nous tue.

Car c’est devant ce mur d’acier, que les mouvements des années précédentes se sont figés, ont basculé, dans le RIC, l’assemblée constituante et autres gri-gri démocratiques. Dans l’appel pathétique à la réforme de l’état qui n’est que le drapeau blanc de la défaite, le moment ou le mouvement s’avoue vaincu en tant que mouvement, laisse l’initiative à l’État.

Il nous faut aller plus loin. Il nous faut parler de ce qui rend une révolution manifeste, ce qui, dans l’histoire, en a toujours été l’acte de naissance, de juillet 1789 à février 1917, de février 1848 à la Commune de Paris de 1871 : la mise de hors d’état de nuire de l’État.

Le terme d’insurrection renvoie à un ensemble de pratiques dans un objectif déterminé : le renversement de l’État. Il renvoie aussi à l’usage de la force, pour parvenir a cet objectif. Puisque cette force n’est pas celle de l’État mais de la population ou d’une fraction de celle-ci, l’État use du terme de « violence collective », notamment dans les textes de lois visant à réprimer ces pratiques et définir ainsi dans quel cadre des condamnations peuvent être prononcées. Pour les États, par exemple l’État Français, l’insurrection est un crime. L’insurrection telle que définie ci dessus n’a pas de couleur politique.

La définition aussi bien politique que pratique de l’insurrection renvoie a celle de l’État, dont l’insurrection est le négatif.

Puisqu’il s’agit de renverser l’État, c’est bien par la définition de ce qui fait le fondement de l’État que les cibles potentielles d’un renversement peuvent être identifiée.

Le fondement de l’État d’un point de vue matériel est constitué des groupes de personnes en armes qui défendent celui-ci. De leur capacité à se projeter et à communiquer entre eux et avec la population. L’État étant une structure hiérarchique de type pyramidale, l’attaque du sommet et la rupture de la chaîne de commandement est susceptible d’entraîner une profonde désorganisation de l’ensemble de la structure.

Pourtant, et c’est peut-être ici que nous pouvons établir une distinction d’ordre politique, une insurrection, lorsqu’elle n’est qu’une rupture de la chaîne de commandement, n’est que synonyme de coup d’État. Il n’y a en réalité aucune remise en cause des fondements de l’État. Ce qui est renversé n’est pas l’État, mais un certain fonctionnement des institutions. En réalité il s’agit d’un renversement violent du gouvernement . Car l’État se définit aussi par la continuité de son pouvoir au-delà de l’identité précise de ses dirigeants.

Renverser l’État lui-même signifie donc le renverser de façon durable. Si le point de départ peut-être similaire et passe par la rupture de la chaîne de commandement, on pourrait dire que l’objet d’un tel renversement n’est pas la rupture d’un maillon mais bien le bris général de cette chaîne.

Il signifie donc la destruction matérielle des lieux de pouvoirs, et le contrôle par la population insurgée1 des canaux de communications, des voies de transports, mais aussi plus largement de l’approvisionnement en énergie.

Au vu de ces distinctions, on pourrait penser que le terme d’insurrection est trop ambigu. Il renvoie pourtant à une notion essentielle, la rapidité de l’exécution. Une insurrection qui ne réussit pas ou seulement partiellement à renverser l’État se transforme en guerre, en coup d’État, en renversement de gouvernement. Et nous voilà arrivé au dernier point de cette essai de définition : le caractère intégral de l’insurrection n’est jamais achevé car l’insurrection intégrale est synonyme de dépassement de celle-ci dans la révolution communiste.

Le terme de dépassement est important ici, car il renvoie à la résolution des contradictions que posent aussi bien le terme d’insurrection que celui de révolution. Parler d’une insurrection intégrale, qui va plus loin que le coup d’état ou le remplacement de l’ordre, qui brise intégralement l’appareil d’état, c’est parler de révolution sociale et politique. C’est dépasser le cadre du changement de régime, pour attaquer la totalité des rapports sociaux.

Si nous évoquons plus spécifiquement l’insurrection, c’est car nous considérons que le collapse de l’état est une nécessité révolutionnaire vitale qui mérite d’être discutée en profondeur, un ensemble de contre-mesures indispensables au développement de la révolution. Entendons nous bien : ce n’est pas tant pour prioriser l’insurrectionque pour affirmer que celle ci n’est pas contournable. Car il existe aujourd’hui, dans les débats stratégiques autour de la révolution, cette idée qu’il serait possible de faire croître un mouvement révolutionnaire de masse, sans prendre en compte l’affrontement avec l’état. Nous nous opposons à cette stratégie de l’autruche, au mieux naïve, au pire réformiste.

Car la révolution est, en premier lieu, un évènement insurrectionnel. Pour le dire un peu différemment, l’insurrection est un ensemble d’initiatives par lesquelles la révolution s’impose et se défend, les deux étant indissociable. L’exemple des soulèvements récents, – cela est valable à n’importe quel point du globe – le montre : là ou l’État est debout, il frappera durement, et continue de frapper jusqu’à écrasement de l’adversaire, ne reculant devant aucune atrocité pour assurer sa survie et celle de la classe qu’il défend. Pensons à la Libye, à la Syrie, a l’Iran, L’Irak. Là ou l’État est provisoirement décapité, comme c’est le cas des chutes de régimes, il cède pour un temps, mais seulement en échange d’une reddition partielle des insurgés, qui voient alors des partis censé les représenter, être proposés à la cooptation pour diriger l’État. Cela prend en général la forme du gouvernement provisoire. Pensons à la Tunisie, à l’Égypte. Là ou l’État fait face à une insurrection de basse intensité, une contestation de masse pré-insurrectionnelle, il use conjointement de ces deux armes, la cooptation démocratiques et la répression, par tâtonnement : pensons au Chili, ou encore à Hong Kong.

Dans tous les cas que nous venons de citer, l’enjeu est celui du pourrissement, de l’enlisement. Il est clair que l’État a pour lui une continuité opérationnelle, une constance dans le temps et dans l’espace qui fait souvent défaut aux insurgés. Ceux-ci ont toutes les chances de perdre, s’ils ne triomphent sans délai.

Temps et espace de l’insurrection.

Combien de temps dure une insurrection ? Vaste question. Comme nous l’écrivions plus haut, une insurrection qui dure devient révolution. Mais ce devenir est lui même conditionné à une victoire préalable. Ce qui nous importe, c’est donc la fenêtre de tir, le moment ou, en plein vol, une insurrection peut vaincre ou mourir.

Ce temps est celui durant lequel le mouvement insurrectionnel est en progression. Ou, de ce fait, il surprend l’État par ses initiatives. Ou il s’amplifie, s’élargit. Nous n’irons pas nous précipiter pour donner des chiffres précis, une telle mesure étant aussi dépendante de la désorganisation de l’État. En effet, ce qui est déterminant, c’est à quel moment l’initiative change.

Peut-il y avoir plusieurs épisodes insurrectionnels à quelques mois d’intervalle ? Nous n’en savons rien. Pour l’instant, gageons que c’est en semaines qu’il nous faut parler, en dizaines de jours.

Pour tenter de brosser un tableau provisoire du moment insurrectionnel : un temps indéterminé constitue l’avant. Il est composé de micro-crise, de conflit locaux ou larvés, qui tracent les signaux faibles de la montée en puissance de la colère. Lorsque celle-ci explose, elle modifie la temporalité. Elle produit un évènement social, qui se généralise très vite, centralise autour de lui l’attention, le temps social.

Tout le monde en parle. Les pratiques fonctionnent par l’exemple, et on va chercher à reproduire, dépasser, ce qu’on voit se produire ailleurs. Le modèle est celui du tâtonnement, ce qui marche est reproduit. D’où la nécessité d’un partage rapide des informations. Tout va alors très vite, jusqu’à ce que l’affrontement atteigne un certain point, celui de la remise en cause du pouvoir lui même. A ce moment, tout peut basculer. Pour l’instant nous n’avons connu que l’affaissement des mouvements à ce moment précis, et leurs défaites politico-militaire, voire sociales. Défaite militaire par la victoire de la répression. Défaite politique, qui va voir le mouvement s’engouffrer dans des voies de garages des assemblées constituantes, qui sont des formes limite d’intégrations dans l’État.

Défaite sociale enfin, lorsque l’initiative sociale quitte le mouvement pour être confisquée par les bureaucraties syndicales. Celle ci appellent alors à la grève générale, une grève contrôlée d’un bout à l’autre par elles, ou l’on nous convoque, sans nous laisser d’initiative. Ce qui est donc une reprise en main.

Ensuite, sur quel espace se déploie une insurrection ? Pour l’instant, le face à face avec l’État se situe dans le cadre du territoire national, dans lequel ce déploie cet État. Rien n’indique pourtant que cela reste ainsi.

Pensons notamment à l’évolution de la crise en cours, dont l’une des caractéristiques majeures, c’est la simultanéité mondiale. A l’intérieur du territoire, il y a aussi nécessité de réfléchir sur les zones particulières ou se déploient le mouvement, et comment ces zones évoluent à mesure que le mouvement épouse la structure du conflit avec l’État. Ainsi, souvent, on va commencer par se déployer prés de chez soi, pour ensuite se concentrer sur des cibles plus stratégiques à bloquer avant d’aller aussi attaquer à la tête.

Lutte pour l’hégémonie

Mais allons plus loin. Le mouvement, en gagnant et pour gagner en puissance, pose la question d’une réorganisation économique, sociale et locale en fonction des besoins de la lutte. Ce n’est pas une question de programme, de projet, mais de mesures à prendre, pour se renforcer. C’est aussi une dynamique hégémonique, celle des prolétaires, qui pour rester en lutte sont confrontés à la nécessité d’agir contre les contraintes sociales qu’impliquent la condition d’exploités.

Ce qui se constitue dans la lutte est un mouvement confronté a des forces qui veulent le maintien d’un ordre social qui l’ écrase. L’offensive, seule, peut le libérer. Mais comme dans tout mouvement, une lutte fait rage.

Deux forces s’opposent. D’une part, celle de l’approfondissement continu du mouvement. De l’autre, celle du retour à l’ordre. Vaincre ou négocier. Nous proposons d’ appeler ce conflit, parfois ouvert, parfois larvé, la lutte pour l’hégémonie.

Nous utilisons ce terme en gardant en tête la référence à la démarche du révolutionnaire Italien A. Gramsci, qui s’est servi du concept d’hégémonie pour contourner la censure de sa prison, qui lui interdisait de parler de dictature du prolétariat, mais aussi car ce terme lui permettait de nommer la lutte, au sein même de l’ordre social capitaliste pour définir l’orientation du mouvement qui le conteste.

Gramsci avait lui même réutilisé un concept développé en premier par Lénine dans le livre « Deux tactiques de la social-démocratie dans la révolution démocratique ». Dans ce livre, Lénine critique notamment l’idéologie constitutionnelle des courants de droites du mouvement ouvrier de son époque. Il affirme que la révolution qui abat la dictature tsariste ne peut être laissé aux mains de la bourgeoisie démocrates, car celle-ci s’empressera de faire un compromis avec le tsar, car elle craint encore plus les forces d’un prolétariat révolutionnaire.

Cette analyse, on le voit, présente certaine similitude avec les positions que nous proposons ici. La principale différence, c’est que pour Lénine, l’hégémonie prolétarienne est en fait celle du parti bolchevik qui est censé représenter le prolétariat.

Là s’arrête notre accord, car il est clair pour nous que le modèle du parti séparé qui dirige le mouvement est une impasse d’un point de vue communiste. Cette position s’inscrit dans la perspective de la direction du mouvement non par le prolétariat auto-organisé, mais par une élite dirigeante, qui remplit la fonction laissée vacante par la bourgeoisie : les intellectuels ( peu importe leur origine sociale, et quand bien même ils seraient d’anciens ouvriers) ceux-ci vont alors au nom de la révolution et du progrès social, instaurer un capitalisme d’état qui n’a rien a voir avec le communisme.

De la même manière, il ne s’agit pas de reprendre tel quel le concept Gramscien d’hégémonie culturelle. Nous détournons ces termes de lutte pour l’hégémonie prolétarienne pour nommer la lutte pour que l’orientation du mouvement aille dans le sens production du communisme. Et cela, comme activité de la classe révolutionnaire, c’est à dire basée sur ses propres outils d’organisations, qui s’appelleront de diverses manières selon les endroits, comités d’actions, commission ouvrière, assemblée de lutte, réunion du ronds points… Et qui organise depuis la base la mise en place de mesures communiste comme moyen de lutte contre l’ordre social. C’est à dire la mise a bas de la propriété privée et de la marchandise, le démantèlement des entreprises, de l’état, et la réorganisation totale de la société pour vivre tel que nous le décidons et non tel que nous l’impose la misère, la marchandise, l’exploitation.

Le terme de dictature du prolétariat est tellement confondu avec les dictature d’états, qu’il n’est à manier qu’avec précaution (rappelons le, au centre des propositions de cette série de texte, il y a la volonté d’en finir avec l’État dés le premier acte de la révolution. Nous sommes farouchement opposés à toute période de transition étatique). Aussi, le concept d’hégémonie prolétarienne paraît adéquat : par ceux qui n’ont rien pour ceux qui n’ont rien et ainsi, pour tous le monde.

La dynamique de l’approfondissement de la révolution, la dynamique victorieuse, ce sont ceux qui n’ont rien à gagner pour eux mêmes, rien à gratter pour leur corporation2, qui la tiennent entre les mains. Leur hégémonie est la seule qui permet, qui aspire à l’offensive sociale. Elle s’appuie sur un refus, celui d’une condition insupportable de pauvreté, d’exploitation. Ce refus se radicalise, en s’apercevant qu’il est commun à tant de semblables. Marre de la contrainte. La contrainte de se vendre. La contrainte à n’exister que comme des marchandises, vendues sur le marché du travail, seul moyen d’obtenir un peu d’argent nécessaire pour acheter d’autres marchandises, et ainsi de suite jusqu’à ce que mort s’en suive.

Cette hégémonie du refus donc, c’est celle des prolétaires. Ceux et celles qui n’ont à perdre que leur chaînes. Leurs chaînes, c’est à dire les crédits revolving, une voiture pourrie, un logement en périphérie ou un appart en banlieue, l’intérim, le chantier, le travail de livreur, caissière, aide soignante. La révolution est portée par ceux qui ont le plus intérêt à la voir vaincre, et non pas pour étendre leur condition, mais au contraire pour l’attaquer, car elle est une contrainte face à eux. Aussi, il nous faut souligner que si ce mouvement part des prolétaires, c’est une dynamique universelle, qui vient immédiatement attaquer la division en classe de la société, non pas seulement avec des mots, mais avec des mesures communistes.

Mais un autre devenir est possible pour un mouvement. Il peut s’amoindrir. Il peut se rabougrir à n’être qu’ un mouvement politique, un parti, qui cherche à gouverner, réformer l’État. C’est aux noms conjugués du peuple et du réalisme, que s’avance cette ombre politique. Il porte l’emblème national, il parle de souveraineté, mais il prospère surtout, grâce à la peur.

Cette défaite du mouvement réel, c’est la victoire de l’autre hégémonie politique disponible, l’autre versant du mouvement : la petite et moyenne bourgeoisie démocratique. Les références peuvent être très différentes selon les endroits du globe (variantes de l’Islam politique comme en Égypte ou en Tunisie, Péronisme en Argentine, appel à une meilleure représentation des noirs et à un état plus démocratiques aux USA… les nuances idéologiques reflètent l’histoire locale ) mais le contenu est le même. Se borner à une réforme d’état et de sa police, une autre constitution, la lutte contre la corruption et pour une redistribution des richesses.

C’est l’amère victoire du statut quo, qui n’est qu’une défaite de plus, une reddition. La victoire de ceux qui ont encore à gagner à négocier, ou en tout cas qui le pensent. Ceux qui ont du bien, c’est à dire une affaire, un petit commerce.

Ceux qui, si le mouvement gagne en intensité, seront prêt à se ranger du côté du gouvernement provisoire qui promettrais de représenter le mouvement et de réformer l’état. Et d’ici là d’en finir avec le désordre.

Nous avons vu ce phénomène se produire, nous avons vu d’autres révolutions se perdre.

Pour que la direction ou du moins l’impulsion de la lutte appartiennent à ceux qui n’ont rien, il faut que ceux-ci y gagnent. Que la vie se transforme. Sinon, ils sont condamnés à rentrer travailler à brève échéance, ne peuvent rester dans la lutte quotidienne, n’en ont pas les moyens.

Et cela suppose qu’a brève échéance, nos conditions de vies, de logement, d’accès à la nourriture, à tout ce qui nous permet de vivre, soient transformés par la lutte elle même, au service de l’approfondissement de la lutte. C’est dans ce type de pratiques mais surtout dans leur élargissement à l’ensemble des sphères de la société, qu’on peut imaginer ce qu’est un mouvement de lutte, pour lui même, et non pour l’État. Autour de la nécessité pour le mouvement de se munir de tout ce dont nous avons besoin pour vivre, pour lutter, et pour continuer à vivre et à lutter, à la fois comme moyen et comme fin, comme munition contre l’ordre social et comme communauté en lutte qui s’élargit au lieu de se refermer.3.

Prendre les logements, prendre l’essence, les vêtements. Ne plus payer, le loyer, les courses, les factures. Brancher gratuitement le gaz, l’électricité, l’eau. Organiser la distribution et commencer à organiser aussi la production, de ce dont nous avons besoin, en nous servant sur les chantiers, dans les usines, en somme une réorganisation générale de la société.

Dans l’affrontement et la constitution du mouvement, c’est la société future qui commence.

(A suivre)

Notes


  1. Nous utilisons le terme flou de « population insurgée » à dessein. Nous pensons qu’un des problèmes les plus épineux de la question insurrectionnelle est celui de la spécialisation militaire, de la reconstitution d’appareil politico-militaire. Nous y reviendrons dans ce chapitre. []
  2. Partout, on nous divise et surtout, partout ou les salariés sont dans une place trop stratégiques, on tente de les acheter en leur offrant des situations, des régimes particuliers. C’est une logique vieille comme l’exploitation. Mais de fait, elle fonctionne. Bien sûr, il y a des camarades pour refuser., pour lutter quand même, et surtout, pour chercher à continuer la lutte même quand on essaie d’acheter leur corporation. Mais il y a aussi des syndicats pour signer, des dos pour se courber, et un fossé de mépris au sein même des exploités. []
  3. Car la communauté qui prend en charge les siens sur les bases du capitalisme, se referme forcément. Il n’y a pas assez pour tout le monde. Mais bien plus que cela, il y a cet enjeu : la seule communauté sans borne, est celle qui ne trouve pas dans les rapports sociaux capitalistes sa reproduction, mais à l’inverse qui puise sa force dans l’offensive contre le capitalisme []

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