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La classe ouvrière sous le régime du Covid-19 : potentiels d’unification et nouvelles divisions

Déjà publié sur mondialisme.org
Le 30 avril 2020 par Angry Workers of the World

Début avril, nous avons rédigé un résumé politique de certaines des luttes de la classe ouvrière mondiale sous le régime du Covid-19 [1]. En fin de compte, ces luttes détermineront si la crise actuelle entraînera des divisions plus profondes au sein de la classe ouvrière mondiale, ou si elle conduira à l’unification des travailleurs.
Néanmoins, nous pouvons analyser certaines des limites et des confinements matériels dans lesquels ces luttes se déroulent, facteurs fixés par les particularités des marchés nationaux, les conditions sectorielles spécifiques ou les interventions de l’État. Nous constatons une différence entre les divisions résultant des « mouvements du marché » et celles résultant de politiques publiques ciblées. Notre principale question est la suivante : où les divisions s’aggravent-elles et où diminuent-elles ?
Ce résumé est délibérément rédigé de façon courte et schématique, afin de faciliter la discussion.

1) Contrôle technocratique sur les secteurs clés et la périphérie

La façon dont l’État et l’industrie modernes ont fait face à la crise du Covid-19 est fondée sur leur collaboration technocratique et leur pouvoir financier. Les travailleurs permanents de l’industrie automobile, par exemple en Allemagne et en France, ont bénéficié d’un chômage partiel relativement bien rémunéré [2] ; par exemple, Porsche et Volkswagen en Allemagne ont versé à chaque travailleur une prime annuelle comprise entre 8 000 et 10 000 euros pendant la période de pointe de la fermeture. Cette mesure maintient la division déjà existante entre le personnel permanent, d’un côté, et, de l’autre, les intérimaires ou ceux qui travaillent pour les équipementiers.

Le gouvernement allemand a annoncé une augmentation des rémunérations pour les travailleurs qui ont des contrats courts, et ceux qui perçoivent ces salaires plus élevés profitent maintenant encore plus de cette augmentation en raison de la réglementation fiscale. Le maintien des travailleurs dans l’industrie automobile n’est pas une simple application du principe « diviser pour régner ». La structure interne de l’industrie repose sur la reproduction d’une main-d’œuvre assez qualifiée, qui ne peut être traitée comme une main-d’œuvre saisonnière ou remplaçable. Des divisions sectorielles se manifestent entre, par exemple, les travailleurs de l’industrie manufacturière complexe, d’une part, et ceux de la restauration, du commerce de détail et du tourisme, d’autre part. Il est également discutable que l’emploi dans l’industrie de base puisse être considéré comme un privilège, étant donné qu’il est lié à un paternalisme technocratique fondé sur le contrôle combiné de la direction et des syndicats sur les travailleurs. Ainsi, après la signature d’un accord entre la direction de Volkswagen et le syndicat IG Metall, 63 000 travailleurs de l’usine principale de Wolfsburg ont repris le travail le 27 avril 2020, mettant leur santé en danger [3].

En outre, la position de l’industrie automobile allemande orientée vers l’exportation et de la main-d’œuvre qui y travaille doit être considérée dans un contexte international. Dans le conflit actuel entre le gouvernement allemand et les États européens en crise, comme l’Italie, la Grèce et l’Espagne, le gouvernement allemand défend l’intérêt de l’industrie locale pour un euro stable et dévalué contre le besoin des États du sud de l’Union européenne de relâcher les cordons de la bourse. Les travailleurs des secteurs clés en Allemagne comparent leur situation, tout comme les travailleurs du Sud. Par exemple, les travailleurs de Nissan, près de Barcelone, qui viennent de faire grève contre la menace de fermeture définitive de l’usine comparent leur situation à celle de leurs homologues allemands [4]. Tel est le contexte matériel de la propagande « antiallemande » de la classe politique en Italie, qui trouve un écho dans la classe ouvrière locale. Le « modèle allemand » de contrôle étatique sur les secteurs clés et la périphérie internationale s’exprime également par le recrutement massif, le confinement, l’isolement et la gestion de milliers de travailleurs saisonniers roumains, employés dans l’agriculture allemande.

2) Division entre travailleurs manuels et intellectuels

En raison de la nature particulière de cette crise (sanitaire), la division entre travailleurs manuels et intellectuels est, du moins au début, aggravée par le fait que de nombreux travailleurs « intellectuels » sont en mesure de travailler à domicile, alors que de nombreux travailleurs manuels ne le peuvent pas. Cette division est encore aggravée par la différence générale des niveaux de revenus et l’inégalité qui en résulte, en ce qui concerne les conditions de logement (le surpeuplement), ou les prestations médicales, selon l’endroit où l’on vit. Cela peut s’exprimer en termes crus et superficiels, comme l’a fait The Economist pour la situation aux États-Unis : « Une étude récente a montré que les travailleurs gagnant plus de 70 000 dollars par an peuvent effectuer plus de 60 % de leurs tâches professionnelles à domicile ; pour ceux qui gagnent moins de 40 000 dollars, le chiffre est inférieur à 40 % [5]. »

Ce tableau devient légèrement plus complexe lorsque nous constatons que, dans de nombreuses régions, ces différences se superposent également si l’on compare le sort travailleurs « autochtones » et celui des « immigrés » (étant donné que davantage de travailleurs immigrés effectuent des travaux manuels moins bien payés), ou en termes de divisions racistes au sein de la classe. Ici, les quartiers populaires des centres villes des États-Unis ou les banlieues de France connaissent un sort similaire
Nous pouvons également constater que les formes de contrôle et de coercition sur les travailleurs manuels diffèrent de celles exercées sur les travailleurs intellectuels. Les travailleurs qui effectuent des tâches essentielles dans l’industrie américaine de la viande, étaient peut-être auparavant salués comme des « héros » par l’opinion publique ; ils sont maintenant confrontés à la menace d’une coercition directe de l’État sous la forme du « Defense Production Act » qui les obligerait à reprendre le travail. Les ouvriers de certaines usines ont réagi par des débrayages sauvages [6]. La pression sur les travailleurs est aggravée par l’énorme processus de concentration qui se déroule dans l’industrie – par exemple l’usine de transformation de la viande de Tyson Foods à Paco fournit de la viande à quatre millions de personnes chaque jour.

L’intervention de l’État vise également les travailleurs de la santé. Par exemple, après la mort 19 patients à cause du COVID-19 dans une maison de retraite en Pennsylvanie et après que les infirmières eurent fait grève pour protester contre leurs conditions de travail dangereuses, le gouverneur démocrate Tom Wolfe a envoyé la Garde nationale pour surveiller le personnel de cet établissement. Cette menace vise aussi d’autres établissements où les infirmières voudraient faire grève [7].
La plupart des travailleurs « intellectuels » ou des salariés des bureaux risquent de connaître des formes de coercition moins directes, mais la prolifération des changements technologiques aboutit à resserrer le contrôle sur le travail à distance ; par exemple, l’État italien profite de la crise pour accélérer la numérisation du travail administratif dans le secteur public [8] ; et les travailleurs de l’éducation et des télé-services doivent faire face à une augmentation du télétravail à domicile (bien que leur taux de productivité soit généralement plus faible). Récemment, des travailleurs techniques d’Amazon ont arrêté de travailler durant une journée par solidarité avec les travailleurs des entrepôts licenciés dans le monde entier. Dans la situation politique générale, les différences matérielles concrètes entre travailleurs « intellectuels » et « manuels » peuvent diminuer et la lutte commune devenir le facteur déterminant [9].

3) Contrôle du marché du travail et droits des citoyens

Une autre intervention majeure de l’État en matière de contrôle du travail essentiellement manuel est mise en œuvre par le biais de la gestion des migrations. Dans la plupart des cas, cela aboutit à remodeler les divisions entre les travailleurs en fonction de leurs droits en tant que citoyens – bien que dans les cas des migrations internes en Chine et en Inde, le traitement brutal des « migrants intérieurs » par l’État ne soit pas principalement une question liée au nationalisme, mais au confinement [10].

En ce qui concerne les migrations internationales, l’Allemagne, l’Italie et le Royaume-Uni trouvent des solutions pour faire face à la pénurie de main-d’œuvre, en particulier dans l’agriculture. Les contrats à court terme et l’isolement social sont également justifiés comme des mesures biopolitiques pour la santé publique. Dans d’autres parties du monde, les migrations de main-d’œuvre ont une plus grande importance pour l’économie locale et la composition de classe, comme dans les Émirats arabes unis, récemment touchés par la baisse des prix du pétrole.
Le Kerala, actuellement présenté par la gauche comme un État « communiste » modèle en ce qui concerne le traitement du Covid-19, dépend, en réalité, totalement de l’argent qu’envoient les 2,1 millions de travailleurs du Kerala qui sont exploités dans les pays du Golfe. Ainsi, le système de santé local ne peut être détaché des bombes qui tombent sur le Yémen.

Dans les Émirats, l’économie dépend des immigrés à un point tel que des expulsions massives sont exclues. L’État oblige donc les entreprises à loger et payer les travailleurs licenciés pour l’instant, mais une politique plus sophistiquée de « diviser pour mieux régner » sera sans doute mise en place afin d’ajuster l’offre de travail à la baisse de la demande. Les récentes actions des travailleurs immigrés dans le monde entier, du Mexique à la Pologne, montrent que ces mesures seront contestées.
Dans la région frontalière entre l’Allemagne et la Pologne, des centaines de salariés qui vivent en Pologne et travaillent en Allemagne ont protesté contre les mesures de quarantaine de l’État polonais, qui impose une quarantaine de deux semaines après chacune de leurs visites en Allemagne [11]. Les travailleurs immigrés ont affronté la police à Calais, en France, lorsque les flics les ont harcelés [12] et à Moria et Chios, en Grèce [13].

4) La situation dans l’ « économie informelle ».

Les travailleurs du « secteur informel », qui n’ont accès ni aux avantages sociaux de l’entreprise ni à une aide sociale (suffisante) de l’État, sont les plus touchés par la crise économique. L’OIT parle de 1,6 milliard de chômeurs dans le monde. Deux milliards de prolétaires du secteur informel vont perdre une grande partie de leurs revenus. On calcule que, au cours du premier mois de la crise, les revenus des travailleurs du secteur informel en Afrique et dans les deux Amérique ont diminué de 81 % [14]. Les inégalités matérielles s’aggravent au sein de la classe ouvrière, tant au niveau régional (le secteur informel étant dominant davantage en Afrique et en Amérique latine) qu’au niveau local, alors que d’autres travailleurs peuvent avoir accès aux aides de l’entreprise ou aux allocations chômage. En Inde, par exemple, la plupart des travailleurs du bâtiment ne sont pas enregistrés comme « salariés » et ont donc des difficultés à accéder aux prestations de l’État [15].

Il est donc probable que la lutte des travailleurs du secteur public contre la privatisation et l’« informalisation » des entreprises pour lesquelles ils bossent s’intensifiera, car les travailleurs savent que l’accès aux prestations sociales est souvent lié à l’emploi dans le secteur public. Les récentes grèves contre la privatisation des mines en Iran nous en offrent un exemple [16]. L’État profite également de cette situation pour s’attaquer aux logements informels de la classe ouvrière : les démolitions de bidonvilles se multiplient du Pakistan à Haïti, en passant par l’Afrique du Sud [17]. Certains des affrontements les plus féroces avec la police sont liés au statut informel des prolétaires impliqués, des travailleurs du sexe [18] aux femmes qui travaillent sur les marchés [19], en passant par les jeunes qui se révoltent au Sénégal après le meurtre d’un jeune prolétaire par les flics, pendant le couvre-feu [20]. Le problème politique ici est que la situation crée un « intérêt commun » entre les prolétaires pauvres, qui doivent aller travailler ou vendre leurs marchandises, et la petite bourgeoisie, qui cherche désespérément à maintenir ses petites entreprises à flot.

5) La division entre la classe ouvrière, d’un côté, la petite bourgeoisie et la lumpenbourgeoisie, de l’autre.

Nous devons comprendre la composition de classe et la trajectoire politique des récentes manifestations « anticonfinement » de l’extrême droite aux États-Unis et dans d’autres États – et ce qu’elles ont en commun, ou pas, avec les protestations des prolétaires du secteur informel susmentionné. Aux États-Unis (et peut-être aussi au Brésil), il semble que la crise du Covid-19 mine l’alliance électorale du gouvernement d’extrême droite qui reposait sur des « cols bleus » marginalisés et la petite bourgeoisie [21]. Les intérêts commerciaux de la petite bourgeoisie sont en phase avec leur « protestation libertaire anticommuniste ». Si, d’un point de vue idéologique, de nombreux « cols bleus » ayant voté Trump peuvent soutenir une position « libertaire » contre l’État fédéral et le confinement légal, ils se rendent également compte que, en tant que salariés placés « en première ligne » ou que travailleurs industriels, ils sont les principales victimes de la pandémie du Covid-19. Face à une situation similaire au Brésil, il ne semble pas improbable que l’annonce récente de Bolsonaro de verser une sorte de revenu de base universel soit une tentative de colmater les brèches qui apparaissent dans cette alliance.

6) Différences entre les travailleurs des grandes et des petites entreprises

La tendance à une divergence d’intérêts aiguë entre les ouvriers et la petite bourgeoisie pendant la pandémie est contrecarrée par l’impact de la crise économique sur les petites entreprises – et les travailleurs qu’elles emploient. Jusqu’à un million d’entreprises britanniques seront à court de liquidités dans les quatre prochaines semaines, mettant environ 4 millions de personnes au chômage [22]. La menace de la faillite de petites entreprises similaires se fait sentir aux États-Unis. Malgré les programmes de prêts du gouvernement, il semble que les banques freinent encore l’accès des petites entreprises à ces programmes [23]. Ce lobby considérable tentera de mobiliser politiquement ses salariés. La décimation probable de cette couche petite-bourgeoise renforcera parallèlement des grandes entreprises comme Amazon, qui absorberont l’excès de main-d’œuvre qui inondera le marché de l’emploi. Les implications de classe de cette situation méritent d’être prises en considération à différents niveaux, comme la taille des lieux de travail et de la main-d’œuvre mobilisée dans un même espace, facteurs qui représentent un risque politique pour les entreprises et de nouvelles opportunités pour les travailleurs.

7) Divisions au sein de la classe ouvrière, entre travailleurs-propriétaires et travailleurs-locataires

C’est peut-être une particularité du Royaume-Uni où l’intégration politique de la classe ouvrière a été, et est encore, extrêmement liée à la question de la propriété du logement. Comme au lendemain de la crise financière de 2008, l’État a tenu à signaler aux travailleurs-propriétaires qu’ils obtiendraient une suspension de leur hypothèque si nécessaire, alors que les locataires ne bénéficieront pas d’une telle protection. Même le Parti travailliste a récemment atténué son « opposition » en matière de protection des locataires. Il ne revendique plus la suspension des loyers… seulement leur ajournement [24]. Les grèves de locataires ont un écho important, mais elles semblent fondées sur des structures existantes, ou alors limitées aux grandes sociétés immobilières et aux associations gestionnaires de logements.

8) Crise aggravée de la famille ouvrière

La pression financière accrue et la nature particulière de la crise accentuent les divisions au sein des familles ouvrières. Les maisons de retraite, où sont détenus en masse les membres âgés des familles en grande partie pauvres, deviennent des pièges mortels. La division interne du travail en matière de garde d’enfants, qui dépend dans de nombreux cas des grands-parents, est menacée par les exigences du confinement et des mesures de prévention,. En Italie, les appels aux lignes d’assistance téléphonique pour les cas de violence domestique ont augmenté de 75 % au plus fort de la pandémie [25]. En même temps, cette crise et le fait qu’une « entraide » plus large est nécessaire pour soutenir la reproduction de la vie familiale de la classe ouvrière pourraient conduire à une plus grande appréciation de la collectivité (du voisinage), au-delà des périodes de pandémie aiguë.

9) Une augmentation des différences sectorielles et des changements ultérieurs dans les hiérarchies du système étatique international

Les régions et les économies nationales qui dépendent de biens d’exportation spécifiques ou de revenus provenant d’activités économiques uniques, telles que le tourisme [26], sont les plus touchées par le marasme actuel. Qu’il s’agisse de l’industrie minière du cuivre en Zambie ou de l’industrie du vêtement au Bangladesh [27], la survie de millions de travailleurs est directement, ou indirectement, liée à ces industries nationales hégémoniques. Cette dépendance à l’égard des exportations se traduit souvent en termes monétaires par une dépendance à l’égard du dollar américain, ou d’autres revenus en « monnaies internationales », par exemple pour payer les importations de denrées alimentaires. Dans ce cas, l’effondrement des prix du pétrole a provoqué une chute du pouvoir d’achat de millions de prolétaires dans le monde et une crise de la dette souveraine pour le Nigeria, l’Irak, l’Équateur et le Venezuela – pays qui avaient calculé leur budget national et le paiement de leur dette à 50 dollars le baril et qui voient maintenant leurs revenus réduits de moitié [28]. Dans le même temps, cinq des plus grands exportateurs de céréales du monde ont restreint leurs exportations depuis le début de la crise du Covid-19 [29]. Ces conditions entraînent déjà des révoltes de masse, de l’Irak [30] à la Somalie [31] en passant par la Colombie [32]. La base industrielle et agricole locale limitée de ces pays impose des limites à ces mouvements, tant qu’ils restent isolés au niveau national, parce qu’ils auront du mal à revendiquer plus qu’une diminution de la corruption et de meilleures subventions alimentaires. Dans le même temps, la dimension internationale de ces manifestations pourrait permettre de surmonter les limites structurelles nationales – en particulier si, et ce n’est pas improbable, des géants comme l’État central russe deviennent de plus en plus fragiles [33].

10) Divisions fondées sur les précédentes expériences de lutte
Les États ont réagi différemment aux mesures de confinement dans les régions qui ont connu des mouvements « populaires », ou des luttes ouvrières, avant le déclenchement de la crise du Covid-19. Le fait que plus de travailleurs se mettent en grève, et que plus de jeunes se révoltent contre la police en France qu’au Royaume-Uni ou en Allemagne, est moins dû à des différences dans les conditions matérielles immédiates, et plus à des luttes antérieures. Dans la plupart des régions qui ont connu des manifestations avant la crise, comme à Haïti [34], au Panama [35] ou au Chili [36], les luttes ont repris après l’apparition du virus. Au Liban, la crise a aggravé la situation financière avec un ratio d’endettement de 170 % du PIB ; cette fois, les manifestants ont perdu confiance non seulement dans la classe politique, mais aussi dans l’armée [37]. Les grèves qui ont repris dans les maquiladoras mexicaines ont cette fois-ci touché la chaîne d’approvisionnement de l’industrie automobile américaine au moment où les travailleurs américains eux-mêmes remettaient en question les ordres de leur direction [38].

11) La gauche actuelle entrave nos efforts pour comprendre les divisions et développer une stratégie de la classe ouvrière

La réaction de la gauche face à ce tableau complexe se limite aux paramètres habituels de l’opportunisme réformiste ou du volontarisme ultragauche. La gauche étatiste considère les dépenses publiques comme une confirmation des « politiques de gauche » et non comme la gestion de crise d’un État capitaliste, gestion qui ne peut être détachée de sa fonction répressive. La gauche ne considère pas que la capacité de l’État américain ou britannique à « investir énormément d’argent dans le problème » soit intimement liée à la crise mortelle de la dette d’autres États. Plus important encore, elle pense que les diverses divisions au sein de la classe ouvrière peuvent être surmontées par des revendications générales, plutôt que par un processus périlleux et complexe d’unification par la lutte. Quant à l’ultragauche, elle ignore le défi que les différences matérielles posent au processus d’unification et célèbre chaque lutte singulière comme, si en devenant « plus radicale », chaque lutte contenait la solution.
Dans l’ensemble, nous pensons que le pouvoir social et matériel de l’État d’appliquer sa tactique de « diviser pour régner » est affaibli par la crise. Cependant, cela ne signifie pas que la classe ouvrière se renforce automatiquement et réussit à surmonter ses divisions internes. En ce moment, les « intérêts immédiats », les revendications spécifiques, divisent la classe ouvrière autant qu’ils l’unifient. Faire appel à la classe ouvrière pour qu’elle s’unisse, en invoquant seulement le fait que « Nous avons un ennemi commun » ne nous conduira pas loin. La stratégie révolutionnaire doit analyser en détail les conditions matérielles divergentes des luttes et, face aux différences, invoquer la seule base matérielle de l’unification de la classe ouvrière : la prise de contrôle des moyens de production exige un effort concerté à l’échelle mondiale. Le fait que les travailleurs devront s’unir pour cet effort n’est pas principalement dû à des intérêts communs, mais au fait que l’appareil productif mondial ne peut être repris en main au coup par coup. La base de la solidarité est notre interdépendance matérielle mondiale. C’est la base d’un programme communiste, non pas fondé sur l’histoire ou des idéaux, mais sur un programme de mesures [39].

NOTES
[1] https://angryworkersworld.wordpress.com/2020/04/15/global-struggles-against-the-covid-19-regime-early-april/
[2] En France, les syndicats et la direction de PSA se sont mis d’accord sur un paiement des salaires à 100%, ce qui est supérieur de 30% au minimum payé à 9 millions de travailleurs ayant des contrats courts tandis que 2,5 million ne touchent même pas cela, vu qu’ils n’ont pas d’emploi régulier.
[3] https://www.wsws.org/de/articles/2020/04/27/vwwb-a27.html
[4] https://twitter.com/ridersxderechos/status/1253044233084305410?s=20
[5] https://www.economist.com/graphic-detail/2020/04/24/many-poor-americans-cant-afford-to-isolate-themselves
[6] https://www.theguardian.com/us-news/2020/apr/28/trump-executive-order-meat-processing-plants-coronavirus
[7] https://paydayreport.com/defying-trumps-order-nebraska-meatpackers-strike-pa-national-guard-replaces-striking-nurses-richmond-threatens-to-fire-striking-nurses/
[8] https://publicservices.international/resources/news/lockdown-pushes-digitalisation-through-in-italian-public-services?id=10735&lang=en
[9] https://www.vice.com/en_us/article/n7jaaq/amazon-reinstates-fired-warehouse-worker-after-employees-strike
[10] https://www.newindianexpress.com/nation/2020/apr/28/the-jean-dreze-interview-keeping-migrant-workers-from-returning-home-will-deepen-covid-19-financial–2136066.html
[11] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1254461372328443904?s=20
[12] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1253346541483556867?s=20
[13] https://twitter.com/revsoc21/status/1253290307627683840?s=20
[14] https://www.ilo.org/berlin/presseinformationen/WCMS_743038/lang–de/index.htm
[15] https://www.newslaundry.com/2020/04/23/covid-19-relief-how-india-doesnt-count-the-poor-as-workers
[16] https://twitter.com/IranNW/status/1252223745852182528?s=20
[17] https://www.opendemocracy.net/en/beyond-trafficking-and-slavery/we-are-still-waiting-protesting-under-lockdown-in-south-africa/ https://twitter.com/WorkersAngry/status/1250698923968212992?s=20
[18] https://twitter.com/InvisiblesMuros/status/1255216977406242817?s=20
[19] https://twitter.com/HaitiInfoProj/status/1253390689032790016?s=20
[20] ]https://berthoalain.com/2020/04/20/coronavirus-couvre-feu-affrontements-a-batanko-kedougou-15-avril-2020/
[21] https://jacobinmag.com/2020/04/coronavirus-pandemic-lockdown-protests-ubi
[22] https://www.independent.co.uk/news/business/news/coronavirus-small-businesses-collapse-bust-research-a9440771.html
[23] https://www.bbc.co.uk/news/business-52043896
[24] http://www.gmhousingaction.com/labour-covid19-renters/
[25] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1252608069965660161?s=20
[26] https://nuevocurso.org/turismo-cero/
[27] https://in.reuters.com/article/health-coronavirus-bangladesh-protests/bangladesh-textile-workers-flout-coronavirus-lockdown-to-demand-wages-idINKCN2280EM
[28] https://www.foreignaffairs.com/articles/2020-04-02/emerging-market-petrostates-are-about-melt-down
[29] https://www.zeit.de/2020/18/lebensmittelversorgung-landwirtschaft-nahrungsmittel-hungerkrisen-coronavirus-pandemie?wt_zmc=sm.ext.zonaudev.twitter.ref.zeitde.share.link.x
[30] https://rampantmag.com/2020/04/16/iraqs-tahrir-finishing-what-we-started/
[31] https://twitter.com/th1an1/status/1254159912839581705?s=20
[32] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1250782699620569088?s=20
[33] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1255398726962733059?s=20
[34] https://twitter.com/madanboukman/status/1254916000061014019?s=20 https://twitter.com/madanboukman/status/1254916000061014019?s=20
[35] https://twitter.com/madanboukman/status/1254916000061014019?s=20
[36] https://twitter.com/WorkersAngry/status/1255143574452056071?s=20
[37] https://twitter.com/prolewave/status/1255139065076125697?s=20
[38] http://wildcat-www.de/en/current/e_a116_mexico.html
https://www.ft.com/content/ed4307a6-a061-4772-881a-6c07be377a03?list=intlhomepage
https://eu.elpasotimes.com/story/news/2020/04/23/coronavirus-juarez-factory-workers-electrical-components-international-strike-covid-19/5165842002/
[39] https://angryworkersworld.wordpress.com/2020/04/07/revolutionary-working-class-strategy-for-the-21st-century-part-1/

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