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Entre virus et tremblement de terre : la situation en Croatie

Nous écrivons en tant que rédacteurs d’Antipolitika – le journal anarchiste des Balkans et de Good night macho pride, un collectif punk queer basé à Zagreb. Notre crainte concernant la pandémie actuelle est que, maintenant plus que jamais, les gens voient l’État comme un protecteur bienveillant et sont donc plus susceptibles d’accepter la surveillance et le contrôle. L’atmosphère de peur et d’urgence pousse les gens à croire que toute solution à un problème est bonne et à moins s’interroger sur les implications de certaines solutions. Les individus et les groupes de gauche ne contribuent qu’à des prises de position qui renforcent l’État, car ils glorifient certaines mesures prises par le gouvernement comme étant du socialisme (comme mettre un terme à toute hausse des prix des denrées alimentaires ou des produits d’hygiène, et avoir un système de santé et d’éducation encore relativement fonctionnel). De plus, certains groupes utilisent ce moment pour invoquer des tactiques telles que le front populaire ou la conquête du pouvoir de l’État. Enfin, même si de nombreux groupes et réseaux d’entraide ont été organisés, nous craignons qu’ils ne finissent par avoir un caractère exclusivement humanitaire, en devenant un auxiliaire de l’État en période de crise de la reproduction sociale, au lieu de contribuer à construire une culture de l’organisation, indépendante et contre l’État. Tout en parlant de la préservation de la santé de la nation comme étant la responsabilité de chacun, le gouvernement regarde d’un œil favorable ces réseaux d’entraide, au même moment il continue à repousser violemment les migrants aux frontières et à rendre très difficile l’organisation de l’aide et de la solidarité avec eux. Même si l’expérience des réseaux d’entraide peut contribuer à un changement à long terme dans la vie quotidienne des gens, ils devienent également partie intégrante du spectacle de la pandémie en étant captés par l’État, les médias et les entreprises.

Le premier cas d’infection par le coronavirus a été diagnostiqué en Croatie le 25 février. Au cours des deux dernières décennies, le système de santé publique a été affaibli par la commercialisation et la privatisation. Certaines des infrastructures médicales qui existaient auparavant, comme l’institut d’immunologie qui produisait des vaccins, ont été affaiblies ou détruites. Il y a aussi le problème du manque de personnel et d’équipement. En outre, deux tremblements de terre le 22 mars (5,3 et 5 sur l’échelle de Richter) ont endommagé certains hôpitaux de Zagreb, ce qui a créé un défi supplémentaire pour le système médical dans le contexte de la pandémie. Néanmoins, le système de santé est pour l’instant relativement stable.

Interdictions et surveillance

La peine encourue en cas de violation de l’auto-isolement est une amende de 8000 kunas (1042 EUR) pour la première fois, et de 120 000 kunas (15 623 EUR) pour plus d’une violation. Au 21 avril, plus de 1 500 personnes ont été condamnées à une amende pour avoir enfreint l’auto-isolement imposé. De nombreuses personnes dénoncent leurs voisins, parfois même juste pour les avoir vus sécher leur linge sur leur balcon.

Dans le cadre de la stratégie de “prévention” de la propagation du coronavirus, le gouvernement a suggéré un amendement à la loi sur les communications électroniques qui permettrait, sous le couvert de la surveillance des personnes qui violent l’auto-isolement sur présomption d’infection par le coronavirus, de suivre et de surveiller les déplacements de toutes les personnes via leur téléphone portable, sans exception, sans limite de temps, ainsi que l’utilisation non transparente des données collectées. La constitution permet de telles modifications de la loi “en temps de guerre ou de menace immédiate pour l’indépendance et l’intégrité de l’État, et en cas de catastrophe naturelle majeure”. L’adoption d’un tel amendement doit être décidée par le Parlement à la majorité des deux tiers de l’ensemble des députés et, si le Parlement ne peut se réunir, est décidée par le président sur proposition du gouvernement et avec la signature du Premier ministre. Cette idée a été lancée par le conseiller spécial du premier ministre pour la sécurité nationale, mais elle n’a pas été soutenue par le ministre de l’intérieur, bien qu’ils soient tous deux issus du même Parti Démocratique Croate de droite au pouvoir (HDZ). Néanmoins, elle a été adoptée par le gouvernement le 25 mars. L’inconstitutionnalité de l’adoption d’un tel amendement sans vote au Parlement a été dénoncée par tous les partis d’opposition, et certains députés ont déclaré que cela conduirait à une dictature et à un État policier. Cependant, la plupart des partis ont approuvé l’idée de traquer les personnes, mais avec certaines limites : par exemple, le principal parti d’opposition – le parti social-démocrate (SDP) – la soutiendrait si elle était limitée aux personnes auxquelles on a prescrit l’auto-isolement, si ces personnes en sont informées, s’il y a une limite de temps et si les données collectées sont détruites après la fin de la pandémie. Le Premier ministre, qui a le plus insisté sur ce point, a déclaré qu’il ne comprenait pas toute cette agitation puisque tout le monde donne déjà ses données privées à des sociétés telles que Google et Facebook.

Travail

Dès le 17 mars, le gouvernement a adopté un total de 66 mesures pour aider l’économie à la suite de l’épidémie de coronavirus. Ces mesures concernent au total huit ministères, et beaucoup sont liés à la préservation de la liquidité des entreprises, qui est toujours promue comme un moyen de préserver l’emploi.

Afin de prévenir la perte d’emplois dans les secteurs économiques touchés par le coronavirus, le ministère du travail et des pensions a mis en place des politiques telles que la suspension temporaire de certaines mesures destinées à soutenir l’emploi de certains groupes de travailleurs précaires, comme les jeunes et les femmes. Il a également introduit un soutien aux entreprises qui emploient des personnes handicapées et a prolongé une mesure pour les travailleurs saisonniers qui leur garantit au moins le salaire minimum pendant 6 mois pour la période où ils sont “non actifs”. L’État cofinance les prestations d’assurance retraite pour ces personnes pendant la période de la crise du coronaire.

La principale mesure est le soutien financier aux entreprises touchées par la crise du corona pour empêcher le licenciement des employés. Les entreprises reçoivent environ 425 euros (salaire minimum) pour chaque travailleur employé à temps plein et 212 euros par travailleur à temps partiel pour une période allant jusqu’à 3 mois à partir de mars, avec la possibilité de prolonger éventuellement cette période. Récemment, le salaire des travailleurs à temps plein a été augmenté de 100 euros. Les travailleurs peuvent obtenir de l’argent de leurs employeurs en plus de cette somme, mais la plupart d’entre eux n’en toucherons probablement pas. En outre, ce salaire est versé le 15 de chaque mois pour le mois précédent, ce qui est un problème pour beaucoup de gens. Le gouvernement estime qu’environ 400 000 emplois peuvent être préservés de cette manière, y compris des emplois dans le tourisme, le transport et le stockage, les industries manufacturières (textile, habillement, chaussures, cuir, bois et meubles) et les emplois dans toute entreprise qui, en raison des décisions de la protection civile, ne peut pas poursuivre ses activités. Ce soutien ne s’applique pas aux propriétaires, fondateurs, directeurs, etc. d’entreprises, à l’exception des très petites entreprises et de l’artisanat.

Le problème est que les employeurs pourront décider s’ils veulent ou non distribuer les 525 euros de l’aide gouvernementale aux travailleurs actuels. Apparemment, il n’y aura aucun contrôle sur la manière dont les entreprises dépensent les fonds publics destinés à préserver les emplois.

En ce qui concerne la violation des droits des travailleurs, nous n’avons pas encore beaucoup de données à ce sujet. Il existe quelques exemples, comme dans la chaîne d’épicerie Plodine où, malgré les heures supplémentaires, les employeurs ont annulé la prime des travailleurs d’environ 195 euros et réduit leur “salaire de Pâques”, tout en ne distribuant pas les équipements de protection nécessaires et en ignorant la nécessité de tester les travailleurs récemment arrivés d’Italie.

Outre les chaînes d’épiceries, un autre groupe d’employeurs très abusif est celui des plates-formes de livraison telles que Glovo, Wolt, etc. Comme il ne s’agit que de “plates-formes” et non de “véritables employeurs” (les livreurs sont appelés “associés” et non employés puisqu’ils n’ont pas de contrat type et sont plutôt considérés comme “indépendants”), toute la charge de l’adaptation à la nouvelle situation repose sur les épaules des livreurs. Ainsi, ce modèle commercial de “plate-forme” permet à ces entreprises de se libérer des obligations classiques de fournir à leurs travailleurs des soins de santé et des services sociaux, et leur permet de transférer tous ces coûts, ainsi que les risques , aux travailleurs. Outre le risque d’être infectés (en raison des nombreux contacts avec les clients), les livreurs de Zagreb risquent également leur vie en se déplaçant parmi les bâtiments endommagés par le tremblement de terre. De fait, la plateforme poussait les livreurs à livrer les commandes juste après le tremblement de terre, alors que le centre ville était en ruines et que de nombreuses personnes (dont certaines probablement infectées) étaient dans les rues par crainte d’un autre tremblement de terre. De plus, comme les gens passent de plus en plus de commandes dans les épiceries (et pas seulement dans les restaurants), le poids maximum officiel d’une commande, qui était récemment de 9 kilos à Glovo, a été porté à 25 kilos sans préavis aux travailleurs.

Un autre problème qui n’est pas assez discuté est l’économie grise. On estime qu’environ 30 % du PIB croate provient de ces “économies parallèles”. Par conséquent, les mesures existantes ne règlent pas la situation financière d’une proportion importante de travailleurs pour qui l’économie grise est la seule source de revenus. De plus, ces travailleurs, qui n’ont pas de contrats officiels, ne peuvent pas demander d’allocations de chômage à l’État s’ils perdent leur emploi.

Le ministre des finances a annoncé que certains employés de l’État et du secteur public seront également licenciés afin de diriger l’argent vers les mesures financières destinées à sauver le marché intérieur. Toutefois, il a également déclaré qu’ils envisagent d’augmenter les salaires des travailleurs de la santé, des employés de l’armée et de la police et des pompiers, bien qu’il y ait déjà eu un investissement disproportionné dans l’armée et la police par rapport aux autres secteurs de la protection civile.

Outre les mesures susmentionnées, le gouvernement s’efforce de modifier le droit du travail lui-même. Le président des syndicats indépendants croates a publié une déclaration indiquant que la nouvelle loi prévoira des possibilités illimitées pour les employeurs, notamment le pouvoir de modifier les salaires contractuels, les droits matériels, les heures de travail, le lieu de travail, la rémunération due à l’arrêt de travail causé par l’épidémie, l’obligation pour les employés de prendre des vacances, et l’exclusion de l’obligation de consulter et de demander l’accord du comité d’entreprise, etc.

Logement

Selon le profil Facebook du Réseau croate pour les sans-abri, les wagons abandonnés à la gare centrale de Zagreb abritent entre 50 et 70 personnes. Selon ceux qui habitent la gare ce chiffre est plus proche de 100. Ils disent qu’il y a au moins 700 personnes dans la rue rien qu’à Zagreb, alors que l’ONG Fajter estime que ce nombre atteint 1000, peut-être même 2000. Les chiffres exacts sont cependant très difficiles à estimer puisque les sans-abri se déplacent régulièrement et que leur nombre total en Croatie n’est pas connu. L’épidémie de coronavirus entraîne la fermeture des associations qui apportent aux SDF une aide vitale. Le centre de jour pour les sans-abri, qui leur offre un endroit où ils peuvent traîner, boire du café et manger quelque chose, se reposer, laver leurs vêtements, prendre une douche deux à trois fois par semaine, a cessé de fonctionner. En outre, plusieurs refuges pour SDF gérés par des ordres religieux ou d’autres institutions religieuses (dont le seul refuge de Zagreb qui accepte les personnes sans recommandation écrite du centre national d’aide sociale) sont en train de fermer en raison de la pandémie. Certaines villes, comme Rijeka, offrent des abris spéciaux où les personnes peuvent rester pendant la pandémie et où elles reçoivent des soins, mais ailleurs, la plupart des sans-abri n’ont pas la possibilité de s’isoler, d’avoir une bonne hygiène personnelle, de se faire soigner ou d’obtenir les informations nécessaires.

Comme de plus en plus de personnes perdent leur emploi ou perçoivent de maigres revenus de vacances ou congés maladie, elles perdent également leur logement parce qu’elles ne sont pas en mesure de payer le loyer. De nombreuses personnes à Zagreb ont également perdu leur maison (environ 1000 personnes) à cause des dégâts causés par le tremblement de terre, mais pour elles, l’État a fourni des “solutions”. Ils ont forcé les étudiants d’une cité U à déménager dans une autre résidence plus petite, ouvrant ainsi 1800 places pour les personnes déplacées. Le processus de déplacement urgent d’un si grand nombre d’étudiants a également augmenté le risque de propagation du virus, puisque de nombreuses personnes se trouvaient dans les couloirs en même temps. Au cours de ce processus, ils ont déplacé les effets personnels des étudiants qui n’étaient pas là sans le demander et les ont mis dans des sacs poubelles noirs. En conséquence, de nombreux étudiants ont perdu leurs affaires. Néanmoins, cela a été considéré comme une solution beaucoup plus “logique” que d’héberger ces personnes dans certains des nombreux hôtels ou airbnb vides.

Comme il y avait des places supplémentaires dans les dortoirs étudiants, les personnes ayant perdu leur maison à cause du cotona ont commencé à y demander un abri temporaire, mais leurs demandes ont été rejetées au motif que cet hébergement n’était prévu que pour les cas de tremblement de terre.
Le problème des sans-abri est devenu particulièrement critique dans les petites villes où il n’y a pas d’abris ni de centres de soins. Dans certaines régions touristiques comme l’Istrie, de nombreuses personnes qui y travaillent sont des travailleurs migrants qui ont perdus leur emploi en raison de la crise et par conséquent aussi leur logement, mais qui ne peuvent pas retourner dans leur pays.

Les soi-disant maisons d’accueil pour les victimes de violence domestique sont actuellement dans une situation impossible. Tout d’abord, le nombre de cas de violence domestique a augmenté, mais les refuges ont peur d’accepter de nouvelles personnes avant de pouvoir les tester pour le coronavirus afin de protéger les personnes qui y résident déjà. Or, les tests n’ont pas été organisés. Le ministère de la démographie, de la politique sociale, de la famille et de la jeunesse a déclaré que si un résident potentiel ne présente aucun symptôme, il peut être accepté dans le foyer. Néanmoins, une ONG de Split a envoyé une demande publique via les médias, demandant aux personnes qui ont des appartements ou des maisons vides de les donner temporairement aux victimes de violence domestique, afin de réduire le risque de contagion.

La vie des utilisateurs d’autres foyers, comme les foyers pour personnes âgées et malades, pour enfants et mineurs sans maltraités ou isolés, pour personnes handicapées physiques ou intellectuelles, etc. a beaucoup changé depuis que la pandémie a été déclarée. Ils ne peuvent pas quitter le foyer, sauf s’ils souffrent de graves problèmes de santé et doivent recevoir un traitement dans les hôpitaux, et ils ne sont pas autorisés à recevoir des visiteurs.

Migrants

Comme les frontières sont maintenant presque complètement fermées et plus surveillées, il est devenu encore plus difficile pour les migrants d’entrer en Croatie. De violents refoulements de groupes de migrants se produisent continuellement, et quelques-uns ont été documentés depuis que la pandémie a été déclarée. Le 23 mars et le 6 avril, deux personnes ont été brutalement battues par la police croate. Les amis de la deuxième personne, ont dû construire une civière en bois pour les ramener en Bosnie. Un habitant a appelé la police bosniaque parce que l’ambulance a refusé de le prendre à la frontière à Sturlic.
Avant que la pandémie ne soit déclarée, les migrants aux frontières bénéficiaient au moins d’une certaine aide de la part de volontaires et d’ONG, mais maintenant que des restrictions strictes à la circulation ont été imposées, c’est devenu difficile à organiser.

On a appris que les demandeurs d’asile dans le refuge de Porin à Zagreb n’étaient pas autorisés à partir. Une clôture a commencé à être construite autour du bâtiment le 13 mars. Les ONG de défense des droits de l’homme qui ont rapporté cette nouvelle, ont déclaré plus tard qu’il semble que Porin ne soit pas devenu un camp fermé. Cependant, c’est difficile à dire. Il a été dit que cela avait été planifié avant la pandémie, cependant, les personnes qui vivent dans le refuge n’ont pas été informées de la raison pour laquelle cette clôture a été construite ni de la manière dont cela affecterait leur vie. De plus, les ONG ne sont pas autorisées à y exercer leurs activités. Seules les personnes de la Croix-Rouge et de Médecins du monde (qui effectuent les premiers contrôles) sont autorisées à y entrer. Il faut souligner que le traitement et la prévention du COVID-19 est une forme d’urgence médicale, ce qui signifie que le traitement est censé être gratuit pour tous les réfugiés, demandeurs d’asile et “étrangers” qui ont un statut dit “irrégulier”.

Une personne a été placée en isolement au centre de détention de Ježevo parce qu’elle était soupçonnée d’être infectée par un coronavirus. Il s’agit d’une personne qui avait été expulsée d’Autriche et qui avait auparavant obtenu l’asile en Croatie. Il n’est pas clair pourquoi cette personne, qui a obtenu une protection internationale et des droits presque égaux à ceux des citoyens croates, a été placée dans un centre de détention et non dans certains des établissements que la ville de Zagreb avait l’intention d’utiliser à des fins d’auto-isolement.

Organisation

Juste après que les premières recommandations aient été données par la cellule de crise pour l’auto-isolement des personnes qui présentent des symptômes, des personnes qui viennent de l’étranger et des personnes âgées, un groupe de personnes à Zagreb a organisé un réseau d’aide mutuelle appelé Jedni za druge (cela pourrait se traduire par quelque chose comme “L’un pour l’autre”) dans le seul but d’apporter des provisions et des médicaments, etc. et d’assurer le transport des personnes isolées. Ils ont mis en place une ligne téléphonique gratuite et un groupe Facebook où les gens pouvaient demander de l’aide ou en proposer. Ils ont également imprimé des tracts et les ont distribués dans des bâtiments afin que les personnes ayant besoin d’aide puissent les contacter. De nombreuses personnes se sont immédiatement impliquées et le nombre de personnes concernées ne cesse d’augmenter, de sorte que la coordination s’est très vite compliquée. Le groupe a déjà beaucoup changé par rapport à son objectif initial, car les gens ne demandent pas seulement de l’aide pour faire leurs courses, mais aussi de l’argent, un logement, un emploi, etc. En fait, ces derniers temps, c’est la demande la plus courante – les gens perdent leur emploi, leur appartement, etc. et beaucoup n’ont personne à qui demander de l’aide. Cela a causé de nombreux problèmes au sein du groupe, avec des personnes qui subissent des burnouts parce qu’elles n’arrivent pas à aider. Il y a eu quelques discussions sur la façon d’aborder ces questions, mais sans grand succès car le groupe est très hétérogène – certaines personnes veulent s’en tenir à l’idée de départ et ne pas faire le travail qu’elles pensent être le travail des travailleurs sociaux, d’autres travaillent pour des ONG caritatives et ont beaucoup de contacts et donc elles veulent tout faire, certaines personnes pensent que le groupe devrait faire des actions de lobbying, etc. À notre connaissance beaucoup de personnes qui ont demandé de l’aide ont obtenu des réponses d’autres personnes qui leur ont offert de la nourriture, des trajets en voiture, de l’argent, un logement, etc. De plus, des groupes similaires ont été organisés sur le même modèle dans de nombreuses autres villes. Il est donc positif qu’une forme d’entraide ait été organisée très rapidement et que les besoins de certaines personnes aient été satisfaits. Néanmoins, il y a beaucoup de problèmes. L’un d’entre eux est que dès le début, le réseau était très ambitieux et que l’organisation s’est rapidement compliquée. Par conséquent, les nouvelles personnes qui rejoignent le réseau ne savent souvent pas comment les choses fonctionnent. Ils s’appuient donc sur les connaissances de personnes qui font partie du réseau depuis plus longtemps, ce qui entraîne une hiérarchisation et un manque de discussion. Le besoin de discussions est pourtant urgent, car le réseau d’entraide est en train de devenir davantage un réseau humanitaire auxiliaire du système social de l’État et de la Croix-Rouge, ce qui pose problème.

L’organisation de cuisines de solidarité comme celles organisées par les collectifs anarchistes “Food-not-bombs” dans plusieurs villes a été rendue impossible après la fermetur des marchés dans un premier temps, puis leur réouverture avec des mesures strictes. Ces collectifs dépendaient du fait que les agriculteurs leur donnaient gratuitement les restes de nourriture, ce qui n’était possible que sur ces marchés parce qu’ils sont en dehors du système fiscal.

À notre connaissance, il n’y a pas eu d’organisation autonome concernant le problème du logement pour l’instant. L’ONG “Le droit à la ville” a lancé un appel au gouvernement pour demander l’instauration d’un moratoire sur toutes les expulsions et les saisies, l’annulation du paiement du loyer de la maison principale pour ceux qui ont perdu leurs revenus, un logement d’urgence pour tous les sans-abri, etc. Vous pouvez lire le texte intégral en anglais ici (pravonagrad.org/four-requirements-for-t…)

En ce qui concerne les travailleurs, rien ne s’est vraiment organisé jusqu’à présent, à part quelques groupes de soutien mutuel sur Facebook. Certaines ONG/syndicats ont mis en place des lignes téléphoniques d’urgence que les travailleurs peuvent utiliser pour obtenir des conseils juridiques, d’autres organisent des campagnes de soutien aux travailleurs des services de livraison, etc. et d’autres encore spéculent sur la possibilité que certains groupes de travailleurs s’organisent eux-mêmes bientôt.

Quelques membres du journal Antipolitika de Zagreb

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